Assistance Retraite

Le relayage à domicile : une solution de répit pour les aidants

S’occuper d’un proche dépendant au quotidien représente un investissement physique et émotionnel considérable. Face à l’épuisement qui guette de nombreux aidants familiaux, une solution innovante prend de l’ampleur : le relayage à domicile. Ce dispositif, officiellement pérennisé depuis janvier 2025, offre aux aidants la possibilité de se reposer tout en garantissant un accompagnement de qualité à leur proche.

Une présence professionnelle pour remplacer l’aidant

Le relayage représente une approche novatrice du répit. Plutôt que de déplacer la personne âgée vers une structure d’accueil temporaire, c’est un professionnel qualifié qui vient s’installer au domicile pour une durée pouvant aller de 36 heures jusqu’à 6 jours maximum. Durant cette période, il prend entièrement le relais de l’aidant habituel, assurant une présence continue de jour comme de nuit.

L’intervenant, appelé “relayeur”, s’occupe de tous les aspects du quotidien : accompagnement dans les gestes essentiels, préparation des repas, surveillance, activités, et maintien d’un environnement sécurisant. Il vient avec ses affaires personnelles et occupe généralement une chambre proche de celle de la personne accompagnée.

Des origines inspirées du modèle canadien

Cette approche trouve son inspiration au Québec, où le “baluchonnage” existe depuis les années 1990. Le terme évoque justement l’image du professionnel qui arrive avec son baluchon, prêt à s’installer temporairement pour permettre à l’aidant de souffler. L’efficacité démontrée de ce modèle a conduit la France à expérimenter le dispositif à partir de 2019, avant de le généraliser récemment.

Un cadre légal désormais établi

Après une phase test de cinq années impliquant une quarantaine de structures sur tout le territoire, le relayage a obtenu sa reconnaissance officielle. En effet, la loi du 15 novembre 2024 relative au répit des aidants a institutionnalisé ce service, qui est entré en application le 1er janvier 2025.

Un décret complémentaire, publié en août 2025, précise les modalités pratiques : critères d’accès, organisation des interventions, qualifications requises des professionnels, et obligations des structures prestataires. Ce cadre réglementaire vise à garantir la qualité et la sécurité du dispositif.

Pour rendre possible une présence permanente auprès de la personne aidée, la législation autorise certains aménagements des règles classiques du Code du travail. Les professionnels peuvent ainsi assurer une continuité d’accompagnement 24h/24, moyennant des compensations strictement encadrées : repos équivalent aux pauses non prises, consentement écrit obligatoire avant chaque mission, et limitation à 94 jours d’intervention par an maximum.

À qui s’adresse cette solution de répit ?

Le dispositif cible prioritairement les aidants qui accompagnent des personnes nécessitant une surveillance constante. Sont concernées les personnes présentant des troubles cognitifs, mentaux ou psychiques associés à des difficultés comportementales, notamment dans le cadre de pathologies comme Alzheimer, Parkinson, ou de situations de polyhandicap.

Cette définition vise les cas où l’aidant ne peut réellement jamais s’absenter sans risque, créant une situation d’épuisement progressive. L’objectif est d’offrir un répit aux personnes les plus mobilisées au quotidien.

Le relayage s’avère particulièrement précieux pour les aidants qui ont sacrifié leur vie sociale, professionnelle ou personnelle pour s’occuper de leur proche. Il concerne aussi bien les conjoints que les enfants, les amis ou les voisins qui assurent un accompagnement régulier et indispensable.

Comment fonctionne le relayage ?

La démarche débute par la prise de contact avec une structure habilitée : service d’aide à domicile, service de soins infirmiers, ou association spécialisée. Les centres communaux d’action sociale et les plateformes territoriales d’accompagnement peuvent orienter vers les prestataires locaux.

Un premier rendez-vous permet d’évaluer la situation, de vérifier l’adéquation du dispositif avec les besoins, et de s’assurer que les conditions matérielles sont réunies, notamment la disponibilité d’une chambre pour le relayeur.

La réussite du relayage repose sur une préparation approfondie. L’aidant transmet au professionnel toutes les informations nécessaires, comme les habitudes quotidiennes, les goûts alimentaires, les traitements médicaux, les activités appréciées et les contacts d’urgence. Un document détaillant une journée type facilite grandement la prise de relais.

Cette phase de préparation contribue à rassurer tant l’aidant que la personne aidée, en garantissant la continuité des routines habituelles.

Une fois installé, le relayeur assure l’intégralité de l’accompagnement quotidien dans le respect des habitudes établies. Il coordonne sa présence avec les autres professionnels qui interviennent déjà au domicile, tout en assurant une vigilance permanente.

Il convient de préciser que le relayeur n’est pas un soignant médical. Il ne pratique pas d’actes techniques infirmiers mais peut administrer des médicaments et alerter les services d’urgence si nécessaire.

Qui peut proposer le relayage à domicile ?

Seuls certains établissements et services médico-sociaux peuvent proposer le relayage, après obtention d’un accord officiel du département ou de l’agence régionale de santé. Cette autorisation garantit que la structure dispose des compétences et de l’organisation nécessaires.

Il s’agit principalement de services d’aide et d’accompagnement à domicile, de services de soins infirmiers, ou encore de structures spécialisées dans l’accompagnement du handicap ou de la dépendance.

Les relayeurs doivent posséder au minimum une certification de niveau 3 (équivalent CAP/BEP) dans le domaine de l’accompagnement. Le professionnel peut être par exemple un auxiliaire de vie, un accompagnant éducatif et social ou un aide-soignant. Au-delà des diplômes, ces professionnels reçoivent généralement des formations complémentaires sur les pathologies neuro-dégénératives et la gestion des troubles du comportement.

Le profil humain compte énormément. Empathie, adaptabilité, patience et maturité sont indispensables pour exercer cette mission particulière qui implique de quitter son propre domicile durant plusieurs jours.

Le relayage est-il remboursé ?

Le relayage représente un investissement conséquent. Rémunérer un professionnel en continu pendant plusieurs jours peut représenter un coût élevé. Cette réalité financière constitue un frein majeur à l’accès au dispositif pour de nombreuses familles. Cependant, il existe plusieurs solutions pour alléger le coût du dispositif pour les familles.

L’allocation personnalisée d’autonomie (APA) à domicile peut intégrer le relayage dans son plan d’aide. Lors de l’évaluation par l’équipe médico-sociale, les besoins de répit sont systématiquement abordés, permettant d’orienter une partie du budget vers ce type de solution.

La majoration pour l’aide au répit, plafonnée à environ 574 euros annuels, constitue un complément mobilisable lorsque le plan d’aide APA est saturé et que l’aidant joue un rôle indispensable.

Pour les personnes en situation de handicap, la prestation de compensation du handicap (PCH) peut également financer des solutions de répit.

D’autres sources potentielles existent : caisses de retraite complémentaires, mutuelles santé proposant des forfaits aidants, associations spécialisées dans certaines pathologies. 

De nombreux bénéfices pour l’aidant et la personne âgée

Le relayage offre avant tout un répit authentique à l’aidant. Pouvoir s’éloigner plusieurs jours sans inquiétude procure un soulagement considérable. Cette coupure régulière prévient l’épuisement physique et psychologique, réduit les risques de dépression, et permet de maintenir durablement un accompagnement de qualité. Elle préserve également la qualité relationnelle avec le proche, souvent mise à mal par la fatigue accumulée.

Pour la personne dépendante, le maintien dans son environnement familier constitue un avantage majeur. Pas de déplacement déstabilisant, pas de nouveaux lieux à appréhender : elle conserve tous ses repères habituels, ce qui limite anxiété et désorientation.

La présence bienveillante d’un professionnel formé, qui a pris le temps de connaître ses préférences et routines, assure continuité et sécurité. Certaines personnes apprécient même ce changement temporaire qui apporte une stimulation différente.

Par ailleurs, les relayeurs trouvent souvent dans cette mission une grande satisfaction professionnelle même si la tâche demeure exigeante. 

Les défis à relever

L’enjeu principal pour l’avenir réside dans la mise en place d’un financement pérenne et équitable sur tout le territoire. Sans cela, le risque est grand de voir le dispositif bénéficier principalement aux familles les plus aisées ou résidant dans les départements les plus généreux, créant une injustice territoriale et sociale.

De plus, le développement du relayage nécessite de mobiliser des professionnels prêts à exercer cette mission particulière. Dans un secteur de l’aide à domicile déjà confronté à des tensions de recrutement importantes, il faudra rendre ces postes attractifs par la rémunération, les conditions de travail, et la reconnaissance professionnelle.

Des formations spécifiques de qualité doivent également être développées pour préparer adéquatement les relayeurs aux réalités du terrain.

Ainsi, le relayage à domicile représente une avancée majeure dans la reconnaissance et le soutien des proches aidants. En permettant le répit de l’aidant tout en maintenant la personne dépendante dans son cadre de vie habituel, il offre un équilibre précieux entre continuité de l’accompagnement et préservation de la santé des aidants.

Sa pérennisation par la loi marque une étape importante, mais sa réussite dépendra de la capacité collective à en garantir l’accessibilité financière, la disponibilité des professionnels formés, et l’équité territoriale.